Guimauve
La guimauve (Althaea officinalis) est l'une des grandes plantes mucilagineuses et démulcentes de la matière médicale européenne. Sa racine, riche en polysaccharides mucilagineux, donne au contact de l'eau des préparations visqueuses et adoucissantes. En herboristerie, elle est classiquement décrite comme démulcente, émolliente et adoucissante des muqueuses. Son territoire principal suit donc moins un organe isolé qu'un type de tissu : les muqueuses irritées, notamment au niveau de la bouche, du pharynx, des voies respiratoires supérieures et du système digestif. Des traditions herboristes plus larges concernent également les voies urinaires et l'usage externe. L'EMA reconnaît officiellement l'usage traditionnel de la racine pour les irritations de la bouche ou du pharynx associées à une toux sèche et pour l'inconfort gastro-intestinal léger.
✦ En bref
Racine séchée de Althaea officinalis.
Irritations de la bouche ou du pharynx avec toux sèche associée, et inconfort digestif léger.
Usage traditionnel reconnu. Les données cliniques humaines restent limitées.
Les préparations et les limites d'âge varient selon l'indication.
🌿 Identification botanique
Nom botanique
Althaea officinalis L.
Famille
Malvaceae
Partie médicinale présentée ici
Racine séchée.
Habitat
Espèce présente notamment dans des milieux humides, des prairies et des zones parfois légèrement salines d'Europe et d'Asie occidentale.
Récolte
La racine constitue la matière première médicinale décrite dans cette fiche.
Profil sensoriel
Saveur douce et discrète ; les préparations aqueuses peuvent présenter une texture mucilagineuse.
📜 Tradition & matière médicale
La guimauve possède une longue histoire dans l'herboristerie européenne. Sa racine a surtout été recherchée pour son caractère adoucissant, protecteur et émollient, lié à sa richesse en mucilages.
Dans le langage herboriste, elle appartient aux grandes démulcentes : des plantes utilisées lorsque l'on cherche à apaiser des tissus ou des muqueuses irrités et secs. Cette logique explique la cohérence de ses emplois traditionnels au niveau de la gorge, de la toux sèche, du tube digestif et, plus largement, des voies urinaires ou de la peau.
Le nom de la confiserie « guimauve » rappelle d'ailleurs l'histoire des anciennes préparations contenant la racine, même si les confiseries modernes n'en contiennent généralement plus.
⚗️ Constituants caractéristiques
- Mucilages : polysaccharides hydrophiles caractéristiques de la racine, responsables de la texture visqueuse des préparations aqueuses.
- Polysaccharides : plusieurs fractions glucidiques participent au profil démulcent de la drogue végétale.
- Amidon : constituant naturellement abondant de la racine.
- Composés phénoliques et flavonoïdes : présents dans la plante et étudiés notamment dans des travaux expérimentaux.
- Autres constituants : la composition varie avec l'origine de la matière première, la récolte et le procédé de préparation.
🎯 Systèmes de prédilection
🌬️ ORL · gorge · toux sèche
Territoire majeur. Irritations de la bouche et du pharynx associées à une toux sèche : usage traditionnel officiellement reconnu par l'EMA.
🌿 Digestif
L'inconfort gastro-intestinal léger constitue le second grand usage traditionnel EMA de la racine. La logique herboriste repose ici sur son caractère mucilagineux et démulcent.
👄 Buccal
La bouche appartient directement au territoire reconnu de la guimauve. Les préparations mucilagineuses sont traditionnellement recherchées pour leur caractère adoucissant au contact des tissus irrités.
💧 Urinaire
Des traditions herboristes plus larges emploient la racine comme démulcente lors d'inconforts des voies urinaires. Ce territoire n'est pas une indication de la monographie EMA actuelle.
🫧 Cutané
Les préparations externes émollientes de guimauve appartiennent à la tradition herboriste, notamment pour des tissus cutanés secs ou irrités. Elles sont à distinguer des indications EMA de la racine par voie orale.
💠 Muqueuses
C'est le véritable fil conducteur de la plante : une affinité herboriste pour les muqueuses sèches, sensibles ou irritées, cohérente avec sa richesse en mucilages.
🔬 Propriétés & niveaux de preuve
Démulcente et mucilagineuse : cette identité est au cœur de la matière médicale de la guimauve. Les polysaccharides hydrophiles donnent des préparations visqueuses susceptibles de rester au contact des surfaces mucosales.
Bouche, pharynx et toux sèche : l'EMA reconnaît l'usage traditionnel de la racine dans le traitement symptomatique des irritations de la bouche ou du pharynx accompagnées d'une toux sèche.
Digestif : l'inconfort gastro-intestinal léger constitue également une indication traditionnelle européenne reconnue.
Urinaire et cutané : ces territoires appartiennent à une matière médicale herboriste plus large. Ils doivent être conservés dans le portrait de la plante sans être présentés comme des indications EMA actuelles.
Recherche : des travaux expérimentaux et quelques observations humaines ont exploré les mucilages, la protection des surfaces mucosales et la toux. Les données cliniques modernes restent moins développées que l'ancienneté de l'usage.
✦ Niveau de connaissance actuel
🧴 Formes et préparations
- Racine fragmentée : matière première classique des préparations aqueuses.
- Macération froide : préparation particulièrement intéressante pour obtenir une phase aqueuse riche en mucilages.
- Préparations pour la bouche et la gorge : macérats et autres formes liquides peuvent être utilisés selon la formulation.
- Sirops : forme traditionnelle particulièrement associée à la gorge et à la toux sèche.
- Extraits liquides, mous ou secs : ils possèdent des ratios d'extraction différents et ne sont pas interchangeables avec la racine brute.
📏 Utilisation & repères
🥛 Macération froide de racine
Repère classique documenté dans le rapport d'évaluation EMA : 2 à 5 g de racine pour 150 mL d'eau froide, macérés environ 30 minutes en remuant régulièrement, puis filtrés. Jusqu'à 3×/jour selon le cadre de préparation cité.
🌿 Racine séchée
Les références traditionnelles reprises dans le rapport EMA documentent 2 à 5 g par prise, jusqu'à 3×/jour. D'autres référentiels historiques donnent également un repère quotidien autour de 6 g de racine.
💧 Extrait liquide 1:1
Repère traditionnel documenté : 2 à 5 mL par prise, jusqu'à 3×/jour, pour la préparation correspondant au ratio 1:1 cité dans le rapport.
◼ Extrait sec
Pour l'extrait sec natif DER 3,5–5:1 documenté : 0,4 à 0,6 g par prise, jusqu'à 3×/jour.
🍯 Sirop de guimauve
Les références historiques reprises par l'EMA documentent également le Sirupus Althaeae, notamment dans le contexte de l'irritation de la gorge. La dose dépend de la formulation exacte du sirop.
⏳ Durée
Pour bouche/pharynx et toux sèche, consulter si les symptômes persistent au-delà d'une semaine ou s'aggravent. Pour l'inconfort digestif léger, consulter s'il persiste au-delà de deux semaines pendant l'utilisation.
⛔ Précautions
- Enfants : les limites d'âge varient selon l'indication et la préparation ; les recommandations pour la toux/gorge et pour le digestif ne sont pas identiques.
- Grossesse et allaitement : l'usage médicinal n'est pas recommandé par l'EMA lorsque les données de sécurité sont insuffisantes.
- Médicaments pris par voie orale : les mucilages peuvent théoriquement modifier ou retarder l'absorption de substances prises simultanément. Par prudence, éviter une prise exactement concomitante et vérifier avec un pharmacien lorsqu'un traitement régulier est utilisé.
- Hypersensibilité : ne pas utiliser en cas d'allergie connue à la guimauve ou à la préparation.
✦ Le regard Infusanté
La guimauve montre particulièrement bien pourquoi une monographie herboriste ne devrait pas être construite uniquement comme une liste d'indications.
Son identité est d'abord celle d'une plante mucilagineuse, démulcente et émolliente. C'est cette identité qui permet de comprendre pourquoi des traditions différentes l'ont conduite vers la gorge, le tube digestif, les voies urinaires ou la peau : derrière plusieurs « systèmes », on retrouve un même fil conducteur, le contact avec des tissus irrités et le rôle des mucilages.
L'EMA fournit ensuite un cadre plus étroit et très utile : bouche/pharynx avec toux sèche et inconfort gastro-intestinal léger. Ces deux indications constituent le noyau réglementaire européen actuel, sans effacer le reste de la matière médicale.
Enfin, la guimauve rappelle que la galénique est déjà une partie de l'herboristerie. La quantité de racine, la température de l'eau, la durée de macération et le type d'extrait déterminent ce que l'on obtient réellement de cette plante.
📚 Références principales
Cette fiche s'appuie principalement sur les documents officiels du Comité des médicaments à base de plantes de l'Agence européenne des médicaments.
-
European Medicines Agency (EMA) —
Althaeae radix.
Page officielle regroupant la monographie,
le rapport d'évaluation et les documents
de révision.
Consulter la page officielle de l'EMA -
HMPC —
European Union herbal monograph on Althaea officinalis L., radix.
Monographie finale adoptée le 12 juillet 2016.
Consulter la monographie -
HMPC —
Assessment report on Althaea officinalis L., radix.
Rapport détaillant notamment les préparations
et posologies traditionnelles examinées
par le comité.
Consulter le rapport d'évaluation
Les plantes accompagnent et soutiennent, mais ne remplacent ni un diagnostic ni un suivi médical. La tradition herboriste, la réglementation et les connaissances scientifiques n'offrent pas toujours le même niveau de certitude : Infusanté cherche à rendre cette distinction visible.
